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Le paquebot |
Le Drummond Castle (photo©mpl) était
un paquebot mixte de croisière de la
compagnie Castle Line (Union-Castle
Mail Steamship Company) de Glasgow
fondée en 1840 par Sir Donald
Currie.
Son nom, comme tous les bateaux de
cette Cie, portait le nom d'un
célèbre château Anglais, ici le
château des Drummond de Stobhall
construit en 1491 et célèbre pour
ses jardins. La compagnie possédait
plusieurs paquebots de ce type.
Le Drummond Castle fut construit en
1881 par John Elder et Co, de
Glasgow pour assurer des liaisons
entre Le Cap en Afrique du Sud et
l'Angleterre.
3660 tonneaux, 110 mètres de long,
13 de large construit en fer, mâté
en deux mâts goélette, divisés en 6
compartiments étanches avec ballaste
en double fond, sa machine pouvait
développer 600 chevaux.
Quelques chiffres : 120 passagers en
première classe, 100 en seconde, 160
en troisième, et 103 hommes
d'équipages !
En 1888, on modernise le navire en
lui changeant ses chaudières et en y
installant des chambres froides qui
doivent permettre de conserver le
négoce de poissons qui commence avec
Le Cap en 1892. |
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Photos ci dessous :
Autres
exemples de paquebots
(photos©mpl- le Dunvegan 1896 Castle
et le Kildonan Castle 1899) |
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Les
circonstances du naufrage |
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Le Drummond Castle, qui avait quitté
le Cap le 29 Mai 1896, avait comme à
son habitude fait escale à Las
Palmas, et il devait rejoindre
Londres dans la journée du 17 Juin.
Une traversée Londres-Le Cap durait
environ 3 semaines.
A bord, la veille c'était la fête
traditionnelle organisée pour
marquer le retour au pays. Tout le
monde à bord, les passagers comme le
personnel d’équipage, étaient en
tenue de soirée. Le commandant de
bord W.W. PIERCE, lui a du mal à
être à la fête car il navigue dans
un brouillard à couper au couteau.
Une erreur de point? une faute
d'inattention? Toujours est-il qu’à
l’entrée du Fromveur, Pierce croit
avoir doublé Ouessant, et fait en
fait route vers Molène. C'est alors
que peut avant 23 heures, ce Mardi
16 Juin 1896, le paquebot vient
heurter un récif dans le secteur des
Pierres Vertes, situées dans l’ouest
de Molène, secteur connu pour sa
dangerosité.
La fête s'achevait à peine... Le
commandant Pierce, lui croit qu'il a
juste échoué, et donne l'ordre de
préparer les chaloupes, sans pour
autant, et c'est bien là le drame,
donner l'ordre ultime de quitter le
navire.
En fait, ce qu'il ne sait pas, c'est
que la coque du Drummond Castle, est
découpée sur une grande longueur au
niveau de sa ligne de flottaison.
La suite, on la connait, il ne
faudra pas plus de 4 minutes après
le choc pour voir le superbe
paquebot couler à pic, avec ses
141 passagers et 103 hommes
d’équipage, seuls trois hommes
survivront. |
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La
catastrophe |
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Pendant de longues heures, le
sinistre fut complètement ignoré
tant sur l'île de Molène que sur
Ouessant. Ce n'est qu'au cours de la
journée du 17 juin, que les îliens
vont progressivement comprendre
l'importance de la tragédie qui
vient de se dérouler dans la nuit.
Vers 7 h., un patron de pêche de la
barque "Couronne de Marie" Mathieu
Masson, relevant ses casiers à
langoustes dans les parages de
Ouessant, aperçut 2 hommes à demi
vêtus, à cheval sur une épave
demandant de l'aide. Les pauvres
hommes étaient assez loin de lui, il
décida donc de mettre les voiles
dans leur direction, et les hissa à
bord. Les 2 rescapés étaient
2 hommes d'équipage du Drummond
Castle, William Godbolt et Charles
Wood. Le patron de la barque de
pêche tenta de les interroger sur
les circonstances de leur naufrage,
mais ils se heurtèrent au problème
de la langue, les 2 malheureux ne
connaissant pas un mot de Français,
notre pêcheur ne put rien apprendre
de nouveau et décida de les
rapatrier à Molène... Sur l'île, on
pris aussitôt bien soin d'eux, en
les nourrissant dans un débit du
port et en changeant leurs
vêtements. [Ils seront ensuite
dirigés vers le Conquet , pour être
mis à la disposition du commissaire
de l'inscription maritime, un
certain Mr Carron (sous
commissaire). Il faut dire que,
comble du sort, la catastrophe ne
put être annoncée au continent avant
cette visite. En effet, le câble du
télégraphe étant en panne depuis 4
mois et le brouillard persistant
rendait impossibles les
communications visuelles ...]
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Au moment où on restaurait les 2
victimes, on ignorait encore à
Molène qu'une pareille catastrophe
s'était produite quelques heures
auparavant, à une si faible distance
de là... Beaucoup de pêcheurs qui
partaient eux aussi à la pêche à la
langouste, rencontrèrent également
sur leurs routes, quelques caisses
et autres épaves flottant à la
surface de l'eau, qui attirèrent
leur attention.
Le patron Théophile Le Bras de
"l'Augustine", se dirigeant dans
leur direction découvrit un premier
cadavre, un homme d'une trentaine
d'années flottant sur le dos parmi
les débris. A l'aide de ses
équipiers, ils remontèrent le
malheureux à bord. Il avait une
bouée de sauvetage autour du corps,
ils remarquèrent que la montre qui
dépassait de sa poche
indiquée...11heures et 1 minute...
heure du naufrage!
Peu après, sur leur route ils
découvrirent à nouveau 2 cadavres
d'hommes du même âge, à demi vêtus.
Il les hissa également à bord, et
fit route vers Molène. Les corps
furent entreposés temporairement
dans un magasin sur le quai.
Beaucoup d'autres pêcheurs font les
mêmes découvertes macabres...
notamment le corps d'un bébé âgé d'à
peine 1 an... et ce 17 juin,, ce
sont les corps de 14 hommes, de 3
femmes et d' un enfant qui sont
acheminés vers Molène... Pendant ce
temps-là, le canot de sauvetage à
rames, l’“Amiral Roussin“ avait été
armé et mis à l'eau par des femmes
et des enfants de l'île, sur
décision du recteur, l’Abbé Le
Jeune, qui était aussi le président
de la station de sauvetage . Le
“Roussin“ commandé par Jean René
Masson, avec un équipage de 12
volontaires, explora les parages de
l’île à la recherche de survivants,
mais en vain...
(Image : "The illustrated London
News" 25 Août 1976) |
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Le
dévouement des îliens |
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Quelle journée lugubre que ce 17
Juin 1896, les habitants assistent
incrédules au débarquement des corps
par les pêcheurs rentrés au port. Il
y a là le maire, Mr Victor Masson,
le Recteur, le secrétaire de mairie
et Mr Colin, le syndic des gens de
mer. Ils décidèrent d'attribuer à
chaque cadavre un numéro, et de
procéder à certaines constatations
pour aider plus tard à
l'identification des victimes. Sont
mis de côté, soigneusement, tous
les vêtements, les bijoux , chaque
pièce étant étiquetée. Puis Le
maire aidé de quelques patrons
pêcheurs et de femmes de l'île,
décide d'ensevelir les corps. Ils
seront cousus dans des draps, puis
disposés à l'intérieur d’un magasin
attenant au café tenu par Séraphique
Cuillandre café du port où ils
avaient été rassemblés. On mettra 4
corps sur des tables au
rez-de-chaussée, et treize au 1er
étage. Le bébé, lui sera mis dans un
berceau garni de fleurs, dans la
chambre de la tenancière du débit...
Le recteur viendra bénir les corps
et des prières seront dites à
l'église. Devant chaque corps un
crucifix est posé, et on allume des
cierges pour la veillée mortuaire. |
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Voici un
dessin extrait de “L'Illustration“
(l'équivalent de Paris Match de
l'époque). Il interprète le rôle du
recteur Le Jeune. Cela montre bien
l'impact de ce naufrage sur
l'opinion nationale et l'hommage
rendu aux Molènais et à leur
recteur. (Jean Maout) |
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Mme
Séraphique Cuillandre qui tenait un
café boulangerie sur le port, fut
décorée
pour son dévouement et pour les
soins apportés aux victimes
Le lendemain, le curé procéda à la
levée des corps. On les disposa sur
des brancards, portés par les
pêcheurs de l'île.
Le convoi mortuaire forma une
émouvante procession pour aller du
quai à l'église, toute la population
suivait ce convoi dans une tristesse
poignante... le spectacle était
d'une imposante simplicité. Le glas
sonnait, rendant la scène encore
plus lugubre. Le recteur bénit les
fosses et les corps une dernière
fois, puis ils furent descendus en
terre. Les femmes et le bébé sont
inhumés dans le cimetière et les
hommes devant l'église. Puis, c'est
le service solennel dans la trop
petite église, qui ne put contenir
tous les assistants. L'allocution du
recteur fera la synthèse du drame
qui venait de se jouer sur les côtes
de l'île, tout en félicitant le
courage et le dévouement de ses
fidèles pour leurs actes.
A peine le service religieux
terminé, un pêcheur rentrait à
Molène avec à son bord, un cadavre
d'homme...
C'est dans les parages d'Ouessant,
qui avait également appris la
nouvelle au petit matin du 17 Juin,
qu'un 3ème rescapé fut
retrouvé un peu plus tôt par Joseph
Berthelé, un pêcheur Ouessantin. Il
s'agissait d'un passager du
Drummond, Charlie Macquardt,
retrouvé accroché à une épave en
compagnie d'un autre compagnon
d'infortune, qui lui n'avait pas
survécu jusque là... Sur cette île
aussi, les pêcheurs ont découvert de
nombreux cadavres lors de leur
quotidienne sortie, mais hélas, pas
d'autres survivants... |
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Dans les jours qui suivirent, un
grand nombre de corps et de débris
de toute sorte furent retrouvés soit
au large, ou déposés par la mer sur
les côtes, et ce dans une zone
allant du Conquet à Plouescat...
Cependant aucune comptabilité n’ a
été établie et le nombre de noyés
rendus par la mer reste indéterminé.
Un média anglais fait état d’une
identification de 51 cadavres, sur
les 53 qui lui étaient soumis, par
Bertillon, l’inventeur de la police
scientifique à la Préfecture de
Paris ; il aurait été pour cela
décoré de la Victoria cross.
Un mois plus tard, un dernier corps
fut retrouvé sur une grève de
Molène.
On peut raisonnablement estimer à un
peu plus d’une centaine les noyés
qui ont reçu une sépulture, sur les
258 victimes , les autres ont
disparu en mer ou ont encore la
carcasse du « Drummond Castle
« comme tombeau.
Au total, c'est 29 corps qui
reposent à Molène. Cet endroit,
toujours aussi bien entretenu, où
sont enterrées ces malheureuses
victimes, c'est "le cimetière des
Anglais"... |
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Pour être plus complet :
Comment la catastrophe a été vécue par la population? Quels
ont été les protagonistes de ce dévouement sans
précédent?
Voici l'analyse complète de Jean Maout : |
Les Molènais
et le Naufrage du « Drummond Castle
»
Les îliens, ouessantins et molènais,
ont été unanimement célébrés pour
les soins apportés par eux aux
naufragés du « Drummond-Castle »,qui
s’est éventré le 16 juin 1896, à
22h.58, sur les roches des « Pierres
vertes »,à l’Ouest de l’île Molène,
à l’entrée du « Fromveur », côté
Atlantique.
Ce matin du 17 juin 1896, lorsque
Mathieu Masson, patron du bateau de
pêche « Couronne de Marie » ,quitte
le port de Molène pour aller relever
ses casiers à langoustes mouillés
dans les parages du Stiff, à l’Est
de Ouessant, à la sortie du Fromveur,
il n’imagine pas ce qu’il va
découvrir ; arrivé sur les lieux de
pêche, il aperçoit, sortant de la
brume, à environ un mille, deux
hommes à demi nus à cheval sur une
épave appelant au secours. Il les
prend à son bord, les réconforte,
leur donne des vêtements secs –une
partie des siens et de ceux de ses
deux matelots- et les ramène à
Molène. Les deux naufragés ne
parlent pas un mot de français et
encore moins de breton, les deux
seules langues que pratique Mathieu
Masson. Ils donnent leur nom, en
pointant leur index sur leur
poitrine: Charles Wood et William
Godbolt, mais ne réussissent pas à
se faire comprendre sur l’importance
du drame qu’ils ont vécu au cours de
la nuit.
Arrivés au port, ils sont
réconfortés dans le café de la veuve
Séraphique Cuillandre, qui, pendant
deux jours, sera transformé en
centre d’accueil ; habillés de
vêtements chauds, ils sont embarqués
immédiatement sur un bateau de pêche
pour le Conquet, afin être remis au
commissaire de l’inscription
maritime, M. Carron, les molènais
ayant conscience de l’urgence qu’il
y avait à éclaircir les
circonstances du drame vécu par les
deux hommes. Les deux rescapés
réussiront à se faire comprendre de
M. Carron, qui préviendra la
préfecture maritime ; ce n’est donc
qu’au retour de la barque de pêche,
dans l’après midi, que les molènais
apprendront toute l’étendue de la
catastrophe.
Il paraît difficile de croire,
aujourd’hui, que les molènais ne se
sont doutés de rien pendant une
grande partie de la journée du 17
juin. Il faut se rappeler que le
seul moyen de communication rapide
était alors le télégraphe morse et,
à Molène, il était en panne depuis
plusieurs semaines. Au sommet de
l’île, il y avait bien un mât
permettant d’émettre des signaux par
temps clair, mais il ne sera
d’aucune utilité en raison de la
brume persistante tout au long de la
journée; le sémaphore
ne sera construit qu’en 19O8. On m’a
raconté, dans mon enfance, qu’une
clameur venant de l’Ouest de l’île
avait été entendue par des femmes
rentrant d’une veillée, épouvantées
elles n’auraient rien dit craignant
d’être prises pour folles ; je ne
crois pas à la véracité de cette
allégation qui m’apparaît être une
reconstruction imaginaire relevant
du récit légendaire … nul doute que
les découvertes macabres ont dû
frapper les imaginations et qu’avec
le temps les faits ont été
reconstruits au gré des narrations.
Aujourd’hui encore, il n’est pas
rare que soit soutenu, avec force,
que le corps du commandant Pierce
est enterré dans le cimetière de
Molène ; c’est une confusion avec un
autre naufrage plus tardif ; le
corps du commandant du « Drummond
Castle » n’a jamais été retrouvé,
sans doute est-il toujours dans la
carcasse du navire.
L’alerte est donnée de Ouessant par
un naufragé, Charlie Macqardt,
recueilli dans la matinée par un
pêcheur ouessantin, Joseph Berthelé.
Le phare du Créac’h dispose d’un
télégraphe en état de marche et son
guetteur en chef a des rudiments
d’anglais ; Macquardt prévient sa
compagnie, à Londres, du naufrage,
en précisant qu’il est le seul
survivant, ce qui révèle qu’il n’y a
eu aucune communication avec Molène
au cours de la matinée.
Le matin du 17 juin, les
pêcheurs molènais vont donc partir
,les uns après les autres, relever
leurs casiers à langoustes, sans se
douter de la tragédie qui s’est
déroulée la veille au soir; dans
l’Ouest-Sud-Ouest de l’île , ils
vont rencontrer un grand nombre
d’épaves et comprendre qu’ils se
trouvent en présence d’un important
naufrage, mais ils sont encore loin
d’en concevoir l’ampleur . Personne
n’imagine qu’il s’agit d’un navire à
passagers.
Sortant de la brume, les pêcheurs
vont apercevoir des corps flottant à
la surface ou accrochés à des
épaves.
C’est d’abord le patron Théophile Le
Bras, de l’ « Augustine », qui
repêche le premier cadavre, une
bouée de sauvetage autour du corps,
il flotte sur le dos. C’est un homme
jeune, trente cinq ans environ, de
forte constitution, portant au doigt
une alliance en or et dans son gilet
une montre en argent, arrêtée à onze
heures et une minute, heure qui
s’avèrera être l’heure du naufrage,
selon les témoignages des trois
survivants, à trois minutes près, ce
qui révèle que le navire a coulé
rapidement.
Peu après, Théophile Le Bras repêche
deux autres corps d’hommes, âgés de
trente à trente cinq ans. Il regagne
l’île aussitôt après avoir alerté
les autres pêcheurs, qui, à leur
tour, vont faire de macabres
découvertes.
Auguste Tual, du « Courrier de
Sainte Anne », repêche un homme
présentant deux tatouages sur les
poignets.,
Jean Etienne Mao, dit « Yann », du «
Notre Dame de La Garde », repêche
deux hommes et un enfant d’un an
environ, en chemise de nuit.
Hyacinthe Masson du « Joseph Marie »
repêche deux hommes et une femme
jeune, de moins de trente ans.
Arsène Le Bras de la « Marie »
repêche une femme d’une trentaine
d’années en robe de chambre et pieds
nus.
Vital Kériel de la « Jeune Hortense
» repêche deux hommes de moins de
trente cinq ans à la barbe rousse
(quelques années plus tard il périra
noyé dans les mêmes parages).
Gabriel Podeur, dit « Cabit », du «
Séraphique et Marie » repêche un
homme de trente cinq ans environ.
Mathieu Dubosq de la « Marie
Philomène » repêche une jeune femme,
qui n’a pas plus de vingt cinq ans
,vêtue d’une robe de soie et d’un
tricot, elle est brune et porte une
alliance en or ; six livres sterling
sont enroulés dans son mouchoir
brodé de la lettre H.
La flottille rentre au port de
Molène où la consternation des
îliens grandit au fur et à mesure
des débarquements. Le maire, Victor
Masson, et le recteur, Guillaume Le
Jeune, organisent la réception des
corps, qui sont regroupés dans le
café de la veuve Séraphique
Cuillandre, actuelle maison de Nono
Cuillandre, à proximité immédiate du
port.
Le secrétaire de mairie, M. Labite,
et le syndic des gens de mer, M.
Colin, attribuent à chaque cadavre
un numéro et relèvent les
particularités de chacun, aux fins
d’identification future. Le maire,
Victor Masson, Séraphique
Cuillandre, Edouard Dubosq,
Théophile Le Bras, Auguste Tual,
Paul Masson, procèdent à la toilette
mortuaire des corps, que les hommes
cousent ensuite dans des draps en
guise de linceuls. Quatre corps sont
exposés sur une table au
rez-de-chaussée d’un magasin
attenant à l’établissement de la
veuve Cuillandre et treize à l’étage
; à la tête de chaque corps est
placé un crucifix et des bougies
sont allumées. Madame Séraphique
Cuillandre prend un soin tout
particulier du corps de l’enfant,
qu’elle place dans sa chambre, dans
un berceau garni de fleurs.
Tout au long de la journée et toute
la nuit, les Molènais veilleront les
morts, à tour de rôle, dans la pure
tradition chrétienne, îlienne et
bretonne.
Mais, lorsque les bateaux de pêche
débarquent les premiers corps des
noyés le matin du dix-sept juin, le
temps des prières n’est pas encore
venu. Le recteur, Guillaume Le
Jeune, qui n’oublie pas qu’il est
aussi président de la société de
sauvetage, décide de lancer le canot
de sauvetage l’ « Amiral Roussin » ;
or, les hommes valides sont à la
pêche ; pour tirer le canot de son
abri jusqu’à la mer, qui est basse,
le recteur fait appel aux femmes de
l’île, qui,sous la direction de
Marcel Le Bousse, maître de port,
n’hésitent pas à entrer dans l’eau
jusqu’à mi-corps pour pousser le
chariot jusqu’à la flottaison du
canot à rames dans le port et ,vers
onze heures , « le Roussin » avec
douze volontaires et son patron Jean
René Masson part explorer les
parages de l’île ; il rencontrera
beaucoup d’épaves mais pas de corps
de noyés ; il rentrera au port en
fin d’après midi, les rameurs ayant
été jusqu’à l’épuisement de leurs
forces.
Le soir ,le recteur Le Jeune ira
bénir les corps chez la veuve
Séraphique Cuillandre ,mais, la
maison de cette dernière étant trop
petite pour recevoir tous les
molènais, les prières mortuaires
seront dites à l’église.
Les enterrements sont fixés au
lendemain, le dix-huit juin, à dix
heures ; quatre marins pêcheurs,
Tual, Podeur, Mao et Ordonneau, se
portent volontaires pour creuser les
fosses, dès deux heures du matin;
quatre fosses purent être creusées
dans le cimetière paroissial et
furent affectées aux trois femmes et
à l’enfant, les autres durent être
creusées, à proximité, sur la place
de l’église et furent réservées aux
hommes.
Il ne faut voir là aucune volonté
discriminatoire. à l’égard d’anglais
réputés de confession protestante ;
contrairement au recteur de
Ouessant, qui aura quelques
scrupules , le recteur Le Jeune,
ancien militaire qui avait fait la
guerre de 1870, avait été très ferme
: « tous fils de Dieu dans le
malheur », Le cimetière était plein
; il faut rappeler que trois ans
plutôt, l’île avait été victime du
choléra ,qui, en quinze jours, avait
fait quarante quatre victimes et
porté la mortalité dans l’île, qui
comptait cinq cent quatre vingt cinq
habitants, à soixante et onze décès
pour la seule année 1893, contre une
moyenne annuelle de quatorze sur les
dix dernières années.
L’île ne disposant pas assez de bois
,seuls les corps de l’enfant et des
trois femmes furent placés dans des
cercueils, les corps des hommes
furent enveloppés dans des toiles à
voiles.
A dix heures, le recteur Le Jeune,
accompagné par les enfants de chœur
et les chantres -- des pêcheurs
réputés pour leur voix qu’on
appelait aussi « les entonneurs »--
procéda à la levée des corps ; les
îliens s’étaient groupés devant la
maison de Séraphique Cuillandre.
Après la bénédiction des corps, le
recteur, précédé d’un homme portant
la croix et suivi des enfants de
chœur et des chantres, prit la tête
du cortège en direction de l’église,
venaient ensuite les corps des noyés
portés, chacun, sur une civière,
chaque homme par six marins, chaque
femme par six femmes, deux femmes
portant le petit cercueil de
l’enfant, suivis par le maire et le
conseil municipal au grand complet,
puis la foule recueillie des îliens.
Les témoins de ce cortège funèbre
furent frappés par son « imposante
simplicité » ; le silence n’était
rompu que par la psalmodie des
prières en latin chantées d’une voix
forte par le recteur et les répons
des chantres ; la tristesse de la
scène était accentuée par la cloche
de l’église sonnant le glas. Le
cortège s’étirait dans les rues
étroites de l’île, si bien que la
tête du cortège était arrivée à
l’église alors que de nombreux
îliens n’avaient pas encore quitté
le port. Il était impossible que
l’église puisse contenir une telle
foule. Contrairement à la tradition,
qui veut que l’office funèbre soit
célébré en présence du corps, le
recteur décida de changer l’ordre de
l’enterrement : il bénit les fosses
et les corps y furent aussitôt
déposés, puis il célébra l’office
des morts dans une église qui ne put
contenir tous les îliens, une partie
resta debout, silencieuse, autour
des fosses pendant toute la
cérémonie, alors que les chants en
latin et les cantiques bretons
résonnaient dans l’église. Le
recteur, dans une allocution en
breton, félicita les molènais pour
leur sollicitude à l’égard des
naufragés, dans le plus pur respect
de la tradition îlienne.
Dans l’après midi, Guillaume Masson,
patron de l’ « Ernestine », ramena
encore le corps d’un homme jeune,
âgé d’environ trente cinq ans.
Le lendemain, 19 juin , le
vapeur « Le Cotentin » appareilla de
Brest pour Ouessant, ayant à son
bord le vice consul d’Angleterre à
Brest, M. Bonar, les représentants
de la « Castle Line » , des parents
des victimes arrivés la veille de
Londres et Godbolt et Wood. Ouessant
avait retardé l’inhumation des corps
dans l’attente de l’arrivée des
anglais.
Les cérémonies achevées, « Le
Cotentin » reprit la mer et s’arrêta
à Molène, vers dix-huit heures, les
anglais tenant à se recueillir sur
les tombes de leurs compatriotes et
à saluer les molènais. Le vice
consul , les représentants de la
compagnie de navigation ,et des
parents des victimes, sont
accueillis à leur débarquement, par
le maire et le recteur, qui leurs
font part des problèmes posés par
l’afflux des noyés et leur
impossibilité d’enterrer d’autres
corps dans le cimetière ; depuis la
veille, dix nouveaux corps ont été
trouvés : sept hommes,une femme,une
jeune fille ,un enfant ; la seule
solution pour leur donner une
sépulture décente serait de les
ensevelir sur l’île voisine de
Lédénes. Cette solution recevra
l’accord des anglais ; si elle a été
effectivement retenue, je trouve
étonnant qu’aucun muret de pierres
n’ait été élevé pour marquer le lieu
des inhumations, comme cela a été
fait à sur l’île de Trielen pour
enterrer les victimes du choléra,
trois ans plus tôt. Je suis persuadé
que ces dix nouveaux cadavres ont
encore été enterrés sur la place de
l’église, et on obtient ainsi un
chiffre proche de celui mentionné
sur la plaque de cuivre apposée dans
l’église. Il est certain qu’au fil
des jours suivants, des corps, en
état de décomposition avancée, ont
été enterrés sur Lédénez ou en haut
des grèves.
L’émotion sera à son comble lorsque
le vice consul sera averti que,
Gabriel Podeur, patron du «
Séraphique et Marie », vient de
ramener le corps d’un autre noyé,
sur lequel on a découvert des
papiers, délavés certes mais
lisibles, au nom de Reed., le même
nom que celui de la petite fille
enterrée à Ouessant, Alice Reed. Le
vice consul sait qu’un des anglais
qui l’accompagnent, s’appelle Reed
et qu’il est à la recherche de son
frère, qui avait embarqué à bord du
« Drummond Castle » avec
sa jeune femme et son enfant ; il le
fait chercher et celui-ci reconnaît
son frère. Le corps est
immédiatement apprêté par les
molènais, cousu dans un drap et
embarqué à bord du « Cotentin » pour
son rapatriement en Angleterre.
Dans toute cette tristesse, il y eut
aussi un moment de joie, lorsque les
deux rescapés, Godbolt et Wood,
débarquèrent du « Cotentin » et
furent reconnus par les molènais,
qui les avaient sauvés et
réconfortés. Ils purent, cette fois,
exprimer aux îliens leur
reconnaissance avec l’aide du vice
consul qui servait d’interprète.
Dans les jours qui suivirent de
nombreux corps furent repêchés en
mer ou vinrent s’échouer à la côte ;
la comptabilité n’a pas été tenue et
bien des chiffres fantaisistes ont
été avancés. Je n’ai pu établir le
nombre de corps rapatriés en
Angleterre ; ce qui est certain,
c’est que le cimetière, dit « des
anglais », contient encore
aujourd’hui, 29 corps, ce qui est
plus que le nombre des noyés trouvés
les deux premiers jours, mais bien
moins que le nombre estimé des corps
ramenés à Molène. Je n’ai pu établir
le nombre de corps enterrés sur
Lédénez.
Je n’ai trouvé aucun décompte précis
des noyés qui ont fait l’objet des
soins attentifs des molènais ; la
charité chrétienne interdisait
d’ailleurs un tel décompte ; ils ont
été nombreux et certainement pas
tous enterrés sur l’île ; il est
vraisemblable qu’un service de
rapatriement des corps ait été mis
rapidement en place par les
autorités maritimes et la compagnie
de navigation. « Castle Line »
Pendant des semaines, la mer
déposera des corps dans les grèves
de Molène, Ouessant et sur toute la
côte du continent, de Camaret à
Portsall et même à Plouescat. Sur
les 248 victimes du naufrage,
combien trouveront une sépulture
chrétienne ? Certainement moins
d’une centaine.
L’écrivain Louis Le Cunff, pour
préparer son ouvrage « S.O.S. dans
l’Atlantique », est venu enquêter à
Molène en 1955; il raconte qu’un
vieux molènais, dont il ne donne pas
le nom, qui avait douze ans en 1896,
se souvenait « d’avoir repêché des
cadavres de femmes dont les mains
étaient crispées sur des touffes de
leurs propres cheveux » ; les
cadavres arrivaient par grappes,
enlacés les uns aux autres, une
femme serrant toujours contre elle
ses deux enfants âgés de cinq à six
ans, deux hommes et une femme
étroitement attachés ensemble par un
filin … J’ai moi même entendu mon
grand père, Aimable Delarue, qui
avait trente sept ans lors du
naufrage, raconter que dans la grève
de Porz Renan une femme, très belle,
en robe du soir ornée de ses bijoux,
avait été trouvée enroulée de
goémon, serrant si fort son bébé
dans ses bras qu’il a été impossible
de la séparer de son enfant, ils ont
été enterrés ensemble.
L’émotion et le dévouement des
molènais ont été à la mesure de ces
macabres découvertes révélant
l’intensité du drame vécu par les
passagers du «Drummond Castle»
La presse, nationale et
internationale, rendit compte du
drame en saluant l’exceptionnelle
sollicitude des îliens. La
reconnaissance des anglais fut à la
hauteur de celle-ci. L’ambassadeur
de la Grande Bretagne à Paris vint
sur place, au cours du mois de
décembre, pour remercier les îliens
et leur remettre des dons, qui sont
bien connus, mais aussi des
décorations, qui doivent encore se
trouver dans les familles molènaises,
dispersées au gré des héritages.
Dans mon enfance, il y avait chez
mes parents une décoration remise à
ma grand mère, Célestine Goachet,
pour son dévouement ; la figure de
Séraphique Cuillandre a été retenue
justement par l’histoire, mais bien
d’autres molènaises ont été
exemplaires, comme cette autre
femme, dont le nom est oublié, qui
n’hésitera pas à tirer les draps de
son lit pour confectionner des
linceuls.
Comment comprendre une telle
attitude collective ?
Il est insupportable, pour un îlien,
qu’un corps ne fasse pas l’objet
d’une toilette mortuaire et qu’il
soit enseveli en contact direct avec
la terre. Pour bien comprendre les
motivations des molènais, il faut
aussi prendre en compte qu’un noyé
n’est pas un mort comme les autres.
La mort par noyade est une crainte
permanente pour une population
vivant de la mer, lieu de tous les
dangers, qui n’est que depuis peu
une source de loisirs. On rapporte,
qu’une vieille sénane répliqua à une
touriste, qui s’étonnait que les
tombes du cimetière portaient
surtout des noms de femmes, « le raz
de Sein est le cimetière des hommes
» …
Les îliens à Ouessant, mais aussi à
Molène, ce qui est moins connu, ont
conçu la cérémonie du « Proëlla »
(qu’il faudrait écrire « Broëlla »),
le retour au pays , qui a été
décrite par l’écrivain Joseph
Cuillandre, originaire de Molène;
dans l’attente de retrouver le corps
du disparu en mer , les prières des
défunts étaient récitées dans la
maison du disparu ,devant sa
photographie ; à Ouessant son corps
était symbolisé par une petite croix
en cire portée ensuite en terre par
toute la population, tant il était
insupportable ,et c’est toujours
vrai, d’imaginer le corps d’ un
marin sans sépulture, malmené par
les flots.
L’ampleur de la catastrophe ne
pouvait aussi que frapper les
esprits : 148 passagers avaient
embarqué sur le « Drummond Castle »,
qui comptait 103 hommes d’équipage,
déduction faite des trois rescapés,
les îliens s’attendaient à ce que la
mer rejette sur leurs côtes un
nombre considérable de noyés, sans
commune mesure avec les drames de la
mer dont ils étaient accoutumés ;
qu’ils aient été bouleversés,
frappés de stupeur et d’effroi, est
tout à fait compréhensible.
Le dernier corps, celui d’une femme,
sera rejeté par la mer, sur une
grève de l’île, le 21 juillet.
Après cette date, la presse ne fera
plus état de nouvelles découvertes.
La presse, locale et nationale,
s’est saisie de l’événement ; des
journalistes affrèteront un bateau à
vapeur pour venir enquêter sur les
lieux du drame, mais les articles
publiés sont souvent fantaisistes.
Un journaliste, de « La Dépêche de
Brest », dont je n’ai pu retrouver
le nom, est venu sur l’île le 18
juin, et c’est son article, paru le
19, qui m’a apporté le plus
d’informations. Il faut aussi lire
le roman d’Henri Queffélec « Les
îles de la miséricorde », qui
imagine des dialogues entre les
acteurs du drame et traduit les
sentiments qui ont pu les animer,
mais en respectant avec une grande
précision les faits .
Une conséquence du naufrage sera la
construction du phare de la Jument
en 1904, le financement ayant été
assuré par un donateur, M.Potron. Le
promeneur qui se place près du
calvaire, à l’Ouest de l’île Molène,
et regarde ce phare, qui se détache
de Ouessant à l’Ouest, en pleine
mer, à l’entrée du Fromveur, peut
observer le lieu où repose la
carcasse du « Drummond Castle », par
soixante quatre mètres de fond,
approximativement à mi-distance
entre le phare et le « youc’h » (la
plus grosse des roches à peu de
distance de Molène) .
De nos jours, le « cimetière des
anglais » fait toujours l’objet des
soins attentifs des molènais :
l’onde du choc émotionnel, né le 17
juin 1896, ne s’est pas totalement
estompée dans l’inconscient îlien.
Jean Maout |
|
Guillaume Le Jeune
est sans doute le recteur qui
marquera à jamais l'histoire du
Clergé à Molène. En effet, il aura
géré de graves événements: Le
choléra et le naufrage du Drummond
Castle. |
 |
 |
W.J Goldbolt & Mathieu Masson :
Un jour, un destin...
(Merci à Jean Maout pour ce récit et
à Patrick Créac'h pour son
autorisation) |
 |
 |
W.J. Godbolt
matelot de première classe, un des deux naufragés sauvés par Mathieu
Masson, reprendra son service,
fera à nouveau naufrage et
mourra dans son lit après avoir
fondé une famille, dont deux
représentants participeront aux
cérémonies du centenaire
organisées à Molène en 1996.
|
 |
Mathieu MASSON
patron du cotre “Couronne de Marie“
qui sauva Godbolt et Wood avait
pour équipage le matelot François
MASSON, dit “ Piqueur men“
(tailleur de pierres) originaire de
Porspoder et le mousse Aristide Le
Bousse, agé de 14 ans, qui épousera
la jeune sœur de Mathieu MASSON,
Marie-Anne. Les trois seront décorés
pour ce sauvetage.
Mathieu MASSON recherchera l’épave
du Drummond Castle et la découvrira
à proximité de la roche Ar Melle
Bihan (la petite jointure) en plein
Fromveur, il recevra pour cette
découverte une prime, versée par la
Castle Line, qui lui permettra de
financer le début de la construction
de sa maison..
Étonnante coïncidence des dates, il
mourut le 16 juin 194O et son
enterrement eut lieu le 18 date
anniversaire du premier enterrement
des noyés à Molène.
Un siècle après le naufrage, le 16
juin 1996 , deux arrières petits
fils de Godbold vinrent à Molène
(pour les cérémonies du centenaire
du naufrage) et échangèrent avec
Patrick Créac’h, arrière petit fils
de Mathieu Masson, qui habite sa
maison, les souvenirs de leurs
ancêtres en relevant avec émotion
que sans cette action de
sauvetage, une telle rencontre
n’aurait pas eu lieu… les deux
anglais n’auraient pas été tout
simplement de ce monde |
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Décorations obtenues par Mathieu
Masson. |
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Dessin
de La Couronne de Marie recueillant
les deux rescapés anglais. |
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L'hommage
de toute une nation |
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Dans
"L'illustration" N° 2829 en date du
15 Mai 1897, un hommage rendu en mer
et à Ouessant aux victimes de la
catastrophe, le 27 Avril 1897 ! On y
parle alors de "cérémonies
solennelles" en présence de Mr
Marchant Gosselin (ministre
plénipotentiaire anglais), envoyé
sur les lieux par la Reine
d'Angleterre afin de remettre une
médaille commémorative à la
population Ouessantine et rendre
hommage à la bravoure des iliens en
général... |
 |
 |
Voici l'article
relevé :
Au mois de juin
dernier, on s’en souvient*, dans les
parages de l’île d’Ouessant, un
paquebot de la compagnie Donnald
Currie, de Londres, le
DRUMMOND-CASTLE, se perdait, pendant
la nuit, sur un des écueils du
Fromveur. Sur deux cent cinquante
personnes englouties avec le
bâtiment, trois seulement
échappèrent à la mort. Pendant
plusieurs jours, les populations des
îles bretonnes rivalisèrent de zèle
et de dévouement pour retrouver les
naufragés, les ramener à terre et
rendre pieusement les derniers
devoirs aux nombreuses victimes.
Afin de rendre hommage à ces actes
de généreuse initiative, la reine
d’Angleterre a voulu instituer une
médaille commémorative destinée à
tous ces braves gens. A la fin du
mois d’Avril, M. Marchant Gosselin,
ministre plénipotentiaire, chargé
spécialement de la distribution de
ces récompenses, débarquait en
France.
Le 27, la série des cérémonies
solennelles commençait à l’île
d’Ouessant. Le plénipotentiaire
anglais s’embarquait le matin sur
l’Epervier, accompagné du préfet
maritime et d’officiers représentant
la marine des deux nations. Quand le
bâtiment arriva près des
Pierres-Vertes, lieu du naufrage, un
appel de clairon retentit,
l’équipage se rangea sur le pont,
l’amiral Berrera envoya aux victimes
englouties là un suprême adieu :
trois coup de canon furent tirés et,
devant tous les assistants
découverts ; un matelot récita une
prière. La cérémonie d’Ouessant se
termina par une visite au cimetière
où reposent six des naufragés.
Gravure signée "Bellenc-ER"
(cliquez
sur l'image pour voir l'originale)
(*il
serait intéressant de retrouver le
même magazine en date de fin Juin
1896... un appel est lancé!)
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Photo
de la cérémonie commémorative au
cimetière d'Ouessant, le 27 Avril
1897 !
(cliquez
sur l'image pour voir l'originale)
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La
reconnaissance des Anglais |
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Devant tant de dévouement de la
part des Molènais et des
Ouessantins, la reine Victoria
et les autorités Anglaises
voulurent témoigner aux îliens
leur profonde reconnaissance.
Ainsi les Anglais offrirent à
Molène une citerne pour pallier
au problème d'eau potable de
l'époque, une horloge pour le
clocher de l'église, et
l'archevêque de Canterburry
offrit un ciboire en or pour le
recteur : |
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La
citerne offerte en 1897 par la
Reine Victoria, comporte 26
dalles dont 2 petites. Cela
symboliserait le nombre de
victimes de la catastrophe
enterrées sur l'île (24 adultes
et 2 enfants) Les dalles
légèrement en pente sont
entourées par des rangées de
sable qui sert à filtrer l'eau
de pluie qui est récupérée en
contrebas |

Le Drummond Castle (cp
collection privée)
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